Unies pour une même mission

Fondateurs

Joseph-Onésime Brousseau

« Pour faire avec rien ce qui a été fait à Saint-Damien et dans les environs, il fallait un homme d’un autre âge, un apôtre taillé tout d’un bloc dans la roche du Golgotha ».

Dr. Aurèle Nadeau, ami du père Brousseau

Originaire de la paroisse de Sainte-Hénédine de Dorchester, située aux limites de la Beauce et de Bellechasse, Joseph-Onésime Brousseau est le fils cadet d’une famille de cultivateurs. Il grandit dans un milieu rural où il a l’habitude des travaux des champs. Son enfance est marquée par sa piété et son attrait pour la prêtrise. Il fréquente le Collège de Lévis et le Séminaire de Québec pour être ordonné prêtre en 1878. Quatre ans plus tard on le retrouve curé à Saint-Damien.

Homme effacé, ardent travailleur, visionnaire et pieux, l’abbé Brousseau se préoccupe des besoins de son époque. Pourvoir aux nécessités des pauvres, orphelins et vieillards, développer l’agriculture, assurer l’instruction chrétienne des jeunes et stopper l’émigration vers les États-Unis, tel est son programme. Sa grande compassion lui inspire d’audacieux projets. Sa seule garantie de réussite repose dans sa foi indéfectible en la divine Providence. Son périple ne fait que commencer…

« Dans un avenir plus ou moins prochain, vous verrez les terres montueuses et rocheuses de Saint-Damien, transformées en jardins potagers et en vergers magnifiques ».

Joseph-Onésime Brousseau

Afin de contrer l’exode des colons canadiens-français vers les régions industrialisées des États-Unis, des projets sont développés par la Société de colonisation du diocèse de Québec. Prêtre missionnaire colonisateur, Joseph-Onésime Brousseau entre dans le mouvement. Il est le premier, dans la région, à appliquer les méthodes sélectives d’exploitation forestière et le système rotatif de culture. Il donne des conférences sur l’art agricole, introduit la culture fruitière et concourt à l’établissement d’un aqueduc, d’une beurrerie et d’un moulin à scie. Il met en culture les terres de la fabrique et développe une ferme modèle.

En 1899, l’archevêque de Québec le nomme missionnaire agricole. En 1902, l’abbé Brousseau fonde la communauté des Frères de Notre-Dame des Champs qui a pour mission de travailler la terre, d’enseigner l’agriculture aux orphelins et d’en faire de bons cultivateurs et de bons chrétiens.


« Pour le soulagement des pauvres qui sont les membres souffrants de Jésus Christ, mes longues marches sont de véritables chemins de croix ».

Joseph-Onésime Brousseau

Pour subvenir à ses œuvres, le curé Brousseau n’hésite pas à se faire quêteur. Il tend la main pour les pauvres et à partir de 1896, il devient « pèlerin presque constamment sur la route ». Il recueille l’aumône de ses paroissiens et celle des habitants des villages avoisinants. Ces quêtes le conduisent également à travers le vaste diocèse de Québec. En tout, il a voyagé dans plus de 170 paroisses pendant une vingtaine d’années.

Sur la route, de porte en porte, il frappe au point de s’en démettre les jointures. Les épreuves ne manquent pas : accidents de voyage, tempêtes, mauvais chemins, fatigue et humiliations. Sa compassion envers les miséreux l’emmène à puiser à même le fruit de ses quêtes pour aider le plus pauvre.

Cet infatigable mendiant des pauvres a souffert, peiné et lutté sans se départir un seul jour de sa confiance en Dieu.

« Charité pour mes pauvres et mes orphelins, humilité et confiance en Dieu ! ».

Joseph-Onésime Brousseau

« De moi-même, je ne puis rien, avec Dieu, je puis tout ».

Joseph-Onésime Brousseau

« L’ouvrage du bon Dieu presse ! » Devant l’ampleur des besoins, l’abbé Brousseau compte sur la Providence et s’en remet à la protection de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Dans la douleur comme dans la joie, ce bâtisseur déterminé et audacieux accomplit une œuvre prodigieuse.

À son arrivée en 1882, l’abbé Brousseau fait bâtir une petite sacristie annexée à la chapelle-mission. Au printemps 1883, commence le chantier de l’église paroissiale. En octobre, le feu embrase le clocher. Dans sa foi inébranlable, le curé demande à sainte Anne de sauver son église et promet de lui faire ériger une chapelle si le feu est éteint. Sa prière est exaucée. On termine l’église qui, depuis 1884, trône tout en haut du village.

L’abbé tient sa promesse et la chapelle du vœu est construite. Au printemps 1892, un couvent-hôpital s’élève. Dès novembre, les religieuses, les premiers vieillards et orphelins en prennent possession. Avec l’augmentation rapide du personnel, un nouveau bâtiment est édifié en 1903 pour héberger les vieillards. Ils s’y installent en 1905.

L’abbé Brousseau veut un orphelinat agricole au Lac Vert. Commencé en 1900, l’établissement en construction change de vocation en 1902 et devient le monastère des Frères de Notre-Dame des Champs.

En 1905, le feu ravage le couvent-hôpital, la chapelle du vœu ainsi que la grange. Dès 1906, il se remet à la tâche. La chapelle Sainte-Anne-des-Montagnes, la Maison Mère et l’orphelinat Saint-Joseph sont construits. Enfin, en 1913, un pavillon d’été voit le jour pour accueillir les sœurs missionnaires pendant leurs vacances.

De 1882 à 1920, l’abbé Brousseau quête sans arrêt et pourvoit à la construction et à la reconstruction de plus de 10 bâtiments sans compter les dépendances adjacentes. Son œuvre de providence demeure visible et témoigne de son sens visionnaire et de sa foi audacieuse. Le cardinal Louis-Nazaire Bégin lui rend hommage en 1915 et le fait chanoine honoraire du chapitre métropolitain de Québec.

« Le pauvre est laissé à vos soins et vous serez le protecteur de l’orphelin ».

Ps, 10,14

En réponse aux besoins des indigents, des vieillards et des orphelins, le curé Brousseau cherche des religieuses pour l’aider dans ses œuvres. Il fait appel à diverses communautés, mais en vain. Soumettant son embarras au cardinal Taschereau, celui-ci lui répond : « Faites-vous-en des sœurs, ce sera le meilleur moyen de succès. ».

Avec « une piastre » en poche et sa foi absolue en la divine Providence, il poursuit ses projets. Il recrute les quatre premières religieuses, dont Virginie Fournier (Mère St-Bernard) qui sera la pierre d’assise de la nouvelle congrégation, nommée Notre-Dame du Perpétuel Secours (NDPS). C’est ainsi que le 28 août 1892, ces quatre ouvrières revêtent l’habit religieux et reçoivent un nouveau nom selon l’usage du temps.

Le fondateur accompagne la jeune communauté dans ses premiers pas. Avec la fondatrice, il rédige les premières constitutions de 1894 et il donne à l’institut son orientation missionnaire. Ensemble, ils sèment dans le cœur des sœurs la confiance et l’abandon en la providence.

« Votre devise, dira le père Brousseau, est Deus Providebit. Ayez toujours une confiance inébranlable en la divine Providence qui vous tient lieu de mère. »

« Ose autant que tu peux » !

Joseph Onésime Brousseau

Préoccupé du sort des orphelins, l’abbé Brousseau envisage la création d’un orphelinat agricole et la fondation d’une communauté masculine pour s’en occuper. Son objectif est de préparer ces adolescents à la vie rurale et d’intensifier le mouvement de colonisation. Les travaux débutent en 1900. Le projet d’orphelinat tarde à se réaliser. En 1902, l’édifice est converti en monastère pour la nouvelle communauté de religieux agriculteurs, les Frères de Notre-Dame des Champs. Ils y emménagent en 1905.

Les cinq premiers postulants sont des garçons recrutés à l’orphelinat des Sœurs. L’année suivante, un jeune homme sorti d’une école militaire fait son entrée au postulat. Il devient le premier supérieur général de la communauté. En 1903, six postulants prennent l’habit et en 1907, les premiers frères font profession.

Le recrutement des frères est difficile et la persévérance fait défaut. À la mort du fondateur, en 1920, le nombre de religieux incluant novices et postulants ne dépasse pas vingt, alors qu’une soixantaine d’aspirants s’étaient présentés au cours des ans. En 1924, on recense douze frères. N’ayant pu prospérer, la communauté lègue le monastère aux religieuses et quitte le Lac Vert pour s’établir dans le Témiscouata. Ils prennent possession des terres que la Couronne met à leur disposition.

En 1931, faute d’un recrutement suffisant, les autorités épiscopales jugent opportun de fusionner la communauté des Frères de Notre-Dame des Champs à celle des Clercs de Saint-Viateur.

Virginie Fournier

« Prête l’oreille au pauvre, ne détourne pas les yeux devant le nécessiteux. Qui répond par des bienfaits prépare l’avenir ».

Eccl. 4, 6-8

Virginie naît et grandit à Lauzon sur la rive sud de Québec, au Manoir Samson, dans une famille aimante et prospère. Elle est la troisième d’une maisonnée de neuf enfants. À trois ans, ses yeux sont affectés par une grave insolation et ce malaise la poursuit toute sa vie.

Dès son jeune âge, Virginie apprend le sens de l’hospitalité aux côtés de sa mère qui ne ferme jamais la porte aux nécessiteux. Par son attention aux autres, sa compassion envers les pauvres et sa grande dévotion, elle sème dans le cœur de Virginie les premiers grains de sa vocation religieuse. Ces qualités sont confortées par sa marraine Ursule Samson, éprise de la vie de prière, qui vit avec la famille Fournier.

Ses études chez les religieuses de Jésus-Marie lui valent un diplôme académique qu’elle complète par une année de spécialisation en botanique. À 19 ans, elle est admise au noviciat des Dames de Jésus-Marie. Quelques jours avant son entrée, l’affection à ses yeux récidive et la menace de cécité. Virginie est déclarée inapte à la vie religieuse.

« Tout passe, Dieu seul demeure ».

Virginie Fournier

En 1864, le couple Fournier-Samson, héritier et gardien du patrimoine des Samson, se voit progressivement dépouillé par les autorités britanniques de leur propriété ancestrale de Lauzon. Plusieurs arpents de terre sont réquisitionnés par des ingénieurs royaux anglais qui y construisent des fortifications contre les possibles agressions des colonies américaines.

Ensuite, M. Fournier perd tout le bois qu’il avait fait couper et qu’il destinait pour les États-Unis : dans la nuit du 12 août 1867, les wagons qui acheminent le bois sont brûlés par une main criminelle. Enfin, coup de grâce, les autorités navales décident, comme il se fait de plus en plus à l’époque, de ne plus construire les coques de bateaux en bois. La perte est considérable. En 1869, il se voit dans l’obligation de vendre sa terre et d’émigrer à Stanfold (Princeville) dans les Cantons de l’Est. La famille y demeure deux ans et demi, cultivant la terre et s’occupant d’un rucher. En ce milieu anglophone, chacun perfectionne la langue seconde.

« Où que tu ailles, vas-y avec ton cœur ».

Jean XXIII

En 1872, après leur séjour à Stanfold, la famille Fournier émigre aux États-Unis à Fall River au Massachusetts. Elle s’installe dans la paroisse Sainte-Anne, au village Flint. En 1874, leur village est affecté à la nouvelle paroisse Notre-Dame-de-Lourdes. Cette agglomération qu’on appelle « Canada français en miniature », est desservie par l’abbé Jean-Baptiste Bédard, premier prêtre canadien français.

Parfaite bilingue, Virginie rend de nombreux services à ses concitoyens francophones. Elle ajoute à son travail, tantôt en manufacture, tantôt dans l’enseignement (elle est la première institutrice de sa paroisse), quantité d’activités bénévoles tout en soignant son père paralysé.

En 1877, les religieuses éducatrices de Jésus-Marie s’installent dans la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes. Virginie se joint à elles comme institutrice laïque et devient présidente du groupe des Enfants de Marie.

Entre 1878 et 1882, Virginie entreprend deux noviciats chez les Sœurs Augustines et les Sœurs de Jésus-Marie au Québec. N’ayant pu accomplir son rêve, Virginie revient à Fall River, se consacre à sa famille et aux paroissiens. Elle soigne son père jusqu’à sa mort en 1889, reprend l’enseignement, s’occupe des Enfants de Marie, seconde le curé dans les besoins de la paroisse, et ce, jusqu’en 1892. Cette année-là, elle quitte définitivement sa famille pour répondre à l’appel de Joseph-Onésime Brousseau. Son aventure à Fall River aura duré vingt ans.

« Espérer contre toute espérance ».

Virginie Fournier

L’attrait pour la vie religieuse ne quitte jamais Virginie. En juillet 1892, pendant qu’elle exerce sa charité envers les siens à Fall River, elle reçoit une lettre de Mère Saint-Norbert des Sœurs de Jésus-Marie. Celle-ci l’invite à participer à l’œuvre du curé Brousseau à Saint-Damien et la presse d’entrer en communication avec lui. Cette lettre est le début de la grande aventure qu’elle s’apprête à vivre.

Virginie arrive à Saint-Damien le 26 août. Le curé reconnaît en elle la fondatrice de sa communauté et dans son cœur, une voix se fait clairement entendre: « Ne la laisse pas partir ! »

Il lui explique son projet et lui demande une réponse pour le lendemain matin après la messe. Virginie est divisée entre son envie de retourner auprès de sa mère malade et son désir de devenir religieuse. Son dilemme la fait souffrir et elle relate : « Par deux fois, pendant la messe, j’ai cru que j’allais mourir, tant le cœur me faisait mal. »

Elle demande à retourner à Fall River pour préparer sa mère à la séparation mais le curé ne la laisse pas partir. Il lui donne deux minutes de réflexion. La divine Providence la conduisant, elle accepte le défi et consent à rester auprès du curé Brousseau pour établir l’œuvre qu’il porte en son cœur.

« Me voici ! Disposez de moi comme il vous plaira ! »

Virginie Fournier

« Mes sœurs, restons petites, effaçons-nous ».

Virginie Fournier

Virginie abandonne tout et se consacre au Seigneur le 28 août 1892. On lui donne le nom de Mère Saint-Bernard. Auprès de ses premières compagnes, Marie-Louise Labbé, Olivine Métivier et Aurélie Mercier, Mère Saint-Bernard devient l’indispensable élément de stabilité sur lequel repose la fondation de la jeune communauté.

Sous sa gouverne, la congrégation prend doucement son envol. Elle est reconnue civilement le 12 janvier 1895. Le premier conseil général est formé le 4 mai de la même année et la fondatrice est élue supérieure générale. Elle cumule également les charges de maîtresse des novices, d’économe, de secrétaire et d’enseignante. En tout temps, elle accompagne ses sœurs dans le cheminement de la vie communautaire et leur insuffle le zèle missionnaire.

En 1898, relevée de ses responsabilités de supérieure générale, Mère Saint-Bernard applique ce qu’elle enseigne à ses filles. Elle vit dans l’effacement auprès des vieillards, des pauvres, à la cuisine et à la buanderie. Elle soigne les malades, enseigne aux enfants et avec ses connaissances des plantes médicinales, elle se fait pharmacienne.

Remplie de sollicitude aussi bien pour ses sœurs que pour les pauvres, la fondatrice se donne sans compter. « Femme de toutes les besognes », elle inculque à travers son exemple les valeurs de simplicité, d’effacement, d’humilité, de compassion, d’accueil inconditionnel et d’amour pour les plus miséreux.

« Que sa sainte volonté soit faite.
Voilà ma devise quotidienne dans tout ce qui m’arrive ».

Virginie Fournier

Femme du long désir, Virginie attend 25 ans avant de réaliser son rêve. Après deux essais en communauté, elle embrasse la vie religieuse à 44 ans. Durant toutes ces années, elle ne cesse de chercher la volonté de Dieu. Son désir se creuse et « son âme s’établit dans la pauvreté », si bien qu’elle écrit en 1894 :

« La divine Providence ne conduit rien qu’à bonne fin, et plus la chose que l’on désire semble éloignée et digne d’être désirée, plus le bonheur de la posséder devient grand. »

Burinée par la maladie, les déceptions, les humiliations et les épreuves de toutes sortes, Virginie (Mère Saint-Bernard) ne cesse de vivre dans la main de Dieu. Peu importe le lieu où elle vit, peu importe le travail confié; ce qui est premier pour elle, c’est ce que Dieu veut. Femme d’écoute, de silence et d’humilité, elle enseigne à ses filles spirituelles par son exemple et par sa parole.

« Faites toutes la volonté du bon Dieu. Soyez simples, n’ayez qu’un désir : celui d’être uniquement ce que Dieu veut et de faire sa volonté telle qu’elle se présente. »

À chaque instant elle revit son « oui » initial dans l’abandon à la Providence et dans la confiance en Marie.